“Faciliter les courses en zéro déchet, et les rendre accessibles à tous”

Propos reccueillis par Lisa Darrault

La Palanche est le premier magasin drive zéro déchet à Montpellier. Après deux ans de réflexion, le drive a ouvert en septembre 2020. Priscille Bouix, associée gérante et orthophoniste, revient sur un projet qui allie besoins du quotidien et valeurs écologiques.

D’où est venue cette idée d’un drive zéro déchet ?

Dans l’équipe, nous sommes tous en double activité, le projet s’inscrit en plus de nos boulots et de notre vie de famille. On a eu envie de rassembler deux concepts de consommation qui nous paraissaient pertinents. La responsabilité en tant que consommateur, vis à vis de l’environnement, via le zéro déchet, pour rentrer chez soi sans déchet. Et le concept du drive, qui séduit beaucoup et correspond à nos modes de vie : quand bien même on a envie de se détendre, on est tous pressés. Lorsque Sébastien et moi avons eu deux enfants en bas âge, on faisait cet effort de zéro déchet, avec les contraintes que ça impliquait. Le poids des bocaux et donc des courses à transporter, ainsi que l’obligation de se déplacer en centre-ville (seul endroit où l’on trouvait des magasins vrac). Ce choix engendrait tout un tas de pratiques étant lourdes, on a alors eu envie de faciliter les courses en zéro déchet. Il y a deux ans, c’était complètement innovant. Il nous a fallu tout créer, et imaginer, du concept au fonctionnement. 

Comment fonctionne le drive ? 

Nous avons fait développer un site web de a à z. Le client fait ses achats sur le front office, et nous gérons le back office, dans lequel apparaît la commande. A l’heure actuelle, le délai minimal de retrait de commande est de quatre heures. Ensuite, on prépare la commande à l’entrepôt, puis on la redirige sur le lieu de retrait que le client a choisi. Une grosse part de logistique concerne aussi tous les temps de réception des fournisseurs qui nous amènent les produits en vrac, et le temps de conditionnement de ces produits dans nos bocaux gravés. En ce moment, nous fonctionnons avec l’équivalent de 3,5 temps plein. Nos points de retrait se situent sur des flux routiers : l’entrée de Saint Gély du Fesc est un axe stratégique, car c’est le passage vers les Cévennes. Les clients peuvent donc récupérer leurs courses, sur le chemin du travail.  On a volontairement choisi des points de retrait proche de lieux de travail, comme Agropolis et REALIS. 

Quel système utilisez-vous pour la gestion des bocaux ? 

Nous avons opté pour la consigne inversée, qui diffère de la consigne classique. Le plus souvent, le client emprunte un bocal, qu’il paie, et est remboursé lorsqu’il le ramène. Dans notre cas, le client ne paie pas le contenant : quand vous achetez une polenta, vous ne payez que la polenta. Lorsque le client ramène le contenant consigné, il reçoit un avoir sur la commande d’après. Ça demande une organisation, il faut anticiper ces coûts sur le budget, le temps de lavage etc… Nous avons fait ce choix pour inciter les gens à revenir au principe de la consigne. C’est un principe qui s’est perdu, et peut impacter en termes de prix : nous avons voulu que ce ne soit pas un frein pour certaines catégories socio-professionnelles. C’est un choix d’accessibilité, mais aussi d’incitation, pour encourager les gens à reconsidérer la consigne. Nous proposons du vrac reconditionné dans des bocaux ou sachets, parfois par les producteurs eux-mêmes. 

En quoi le projet s’inscrit-il dans l’économie sociale et solidaire ? 

Nous avons aussi embauché deux apprentis, avec une vraie volonté de créer de l’emploi sur la transition écologique. Tant qu’à créer une entreprise, autant se positionner économiquement et écologiquement. Nous avons donc l’immatriculation ESS, qui impose une échelle de salaire cadrée, un niveau de réinvestissement dans la société. C’est hyper contraignant mais c’est un vrai choix, et c’est gravé dans le marbre. 

Rendre le zéro déchet accessible à tous est un sacré pari : comment y parvenez-vous ? 

C’est un sujet compliqué au niveau du modèle économique. Nous voulons vraiment proposer des produits respectueux de l’environnement. La production biologique coûte plus cher, les fournisseurs locaux produisent de façon plus mesurée, en petites quantités. Les coûts de production sont plus élevés, tout comme les prix de vente. Nous avons dû trouver un juste milieu pour rendre notre concept accessible à tous, mais en rémunérant justement les producteurs. Il a fallu faire matcher ces éléments avec délicatesse : tirer au plus bas le prix du yaourt, tout en rémunérant les producteurs au juste prix. 

Lisa Darrault

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